Le chef de l’État a fait mardi une adresse à la nation, estimant que le pays vit l’une des plus graves tentatives de déstabilisation de ces dernières années. Dans son allocution, le leader socialiste a mis en garde contre les offensives à l’œuvre dans la région, à commencer par le Brésil.

D’emblée, Nicolas Maduro a donné le ton. « Le Venezuela est le centre d’agressions systématiques, politiques, médiatiques, diplomatiques hors norme », a déclaré mardi le président lors d’une adresse à la nation depuis le palais de Miraflores et retransmise en direct dans plusieurs ambassades. Cette « agression » serait l’une des plus graves de ces dix-sept dernières années, depuis que la gauche a accédé au pouvoir. Pourtant, par le passé, le Venezuela a été le théâtre d’un coup d’État en 2002, puis d’une grève patronale dans le secteur hautement stratégique du pétrole en 2003. Les tensions avec les États-Unis ont, elles aussi, été constantes. « La géopolitique impériale opère sur la recomposition de ses capacités d’influence perdues ces dix dernières années » avec 

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l’avènement de gouvernements de gauche et de centre gauche, a-t-il indiqué. « Cette géopolitique impériale souhaite reprendre notre Amérique (pour en faire) son arrière-cour. (…) Elle souhaite reprendre son influence stratégique (faire main basse sur nos ressources naturelles) et, sur le plan international, harceler la Chine, la Russie et détruire les Brics », l’alliance réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, a précisé Nicolas Maduro.

Le patronat vénézuélien comme chef de file

Pour le chef de l’État, l’Amérique latine fait face aujourd’hui à un nouveau plan Condor qui « cherche à en finir avec les gouvernements progressistes ». L’exemple le plus parlant de cette offensive réactionnaire étant, dans la dernière période, le Brésil et le coup d’État institutionnel dont est victime son homologue Dilma Rousseff. Washington n’a-t-il pas été d’ailleurs le premier pays à s’empresser de reconnaître le président intérimaire Michel Temer et son équipe, qui compte pourtant nombre de ministres inquiétés par la justice pour corruption ?

Quant au Venezuela, Nicolas Maduro est convaincu que, après Brasilia, c’est au tour de Caracas de subir un putsch, avec l’aide d’une puissance médiatique internationale, afin d’écarter le Parti socialiste unifié du pouvoir, en générant des « violences ». Durant la conférence de presse, le président a qualifié d’« espionnage» la violation de l’espace aérien vénézuélien par un Boeing états-unien. Cet avion aurait servi à « appuyer des communications de groupes armés, dans des zones de guerre », notamment à la frontière avec la Colombie, ou « créer les conditions pour rendre inutiles les équipements électroniques du gouvernement, des forces armées ou de l’économie du pays ». Concernant ce dernier point, la situation est en effet des plus alarmantes. Le patronat vénézuélien reproduit quasiment à l’identique la stratégie de ses pairs chiliens qui, pour renverser le socialiste Salvador Allende, avaient eu recours au blocage économique, paralysant ainsi le pays. Vendredi, Nicolas Maduro a décrété l’« état d’exception et d’urgence économique », appelant même les salariés à occuper les entreprises qui participent de la stratégie de la pénurie alimentaire. Les lieux de production vénézuéliens ne tournent qu’à 43,8 % de leurs capacités. Lundi encore, le président a annoncé la création d’un projet d’agriculture urbaine ainsi qu’une micromission (plan) agroalimentaire pour tenter de répondre à la demande des Vénézuéliens, contraints à de longues files d’attente devant les supermarchés depuis plus d’un an. Près de 100 millions de dollars, sur un total de 175, ont été débloqués pour remettre à flots des installations agraires abandonnées. Le gouvernement a lancé des comités locaux d’approvisionnement pour améliorer le système de distribution alimentaire avec près de 500 nouveaux marchés communaux. Mais mardi, l’opposition de droite, désormais majoritaire à l’Assemblée nationale, s’est prononcée contre l’expansion du décret d’« état d’exception et d’urgence économique » censé protéger le Venezuela des interventionnismes étrangers, d’une part, et, d’autre part, combattre la « guerre économique ». Elle appelait hier à des manifestations, incitant l’armée et la population à la désobéissance. Comme il y a deux ans, où sa tactique d’affrontements dans la rue s’était soldée par la mort de plus de 40 personnes.                                                                                       http://www.humanite.fr/venezuela-le-president-nicolas-maduro-denonce-un-nouveau-plan-condor-607452